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Publié par Thierry Verhelst

Balbutiements poétiques, en fin de vie

Balbutiements poétiques, en fin de vie

Extraits

 

Allons aux sources !

 

Allons aux sources !
C’est une question de Vie
car le pas quelquefois s’égare,
envahi de brouillard,
quand le sel a perdu sa saveur,
et le chant s’est tari dans la gorge serrée,
quand est morte l’alouette et que l’âme est en berne,
errant sans joie vers des futurs sans avenir.


Allons aux sources !
Le pas alerte et ferme,
les feuilles au sol murmurent
‘ Il est passé l’être qui se libère’
Il sent monter en soi
la grande ode à la Vie,
la danse qui élargit le coeur
pour créer un espace d’ouverture
où tout peut renaître sur la terre,
comme une source d’Eau Vive.

 

Au-delà des embuches de l’ennui

 

Il est le Dieu des vivants
qui m’appelle à plus être,
à braver la ténèbre,
consentir à la mort,
enjamber d’un pas vif les embuches de l’Ennui,
et jubiler chaque matin car tu es près de moi et Il est déjà-là.


Dans mon for intérieur monte silencieusement
la musique de la vie,
du désir,
de la joie,
si j’arrive à ouvrir mes oreilles et mon coeur,
ils m’emportent en secret vers d’autres rives,
où les êtres,
le temps,
une mélodie nouvelle,
me parlent de paix et d’amour,
d’amour et de paix,
de toi,
de Toi.

 

Consentir

 

Au creuset du quotidien si rude
fond la douleur dans le flot de la vie
et sourd quelque fois l’or fin en coulée ébahie.


C’est la douceur du ‘bon moment’ avec toi,
îlot de délices en plein océan
où naufragé je m’étire paisiblement.


Sous le palmier mythique et protecteur,
je goûte ravi à la chaleur,
et me régale de consentir à ce petit bonheur.

Grand’messe
sur les choses ordinaires

 

Au tréfonds de moi-même,
quand m'invite l’ange de la grande joie
s’éveille la terre.

Alors bat mon coeur au rythme du créé,
renvoyant à la source, au Donateur de Vie.
Alors sourd en moi l'hymne des choses ordinaires,
quand l’offrande donne à voir au-delà.

Roches grises, herbes folles et hommes éveillés
élèvent en choeur l'hymne caché de la vie,
liturgie du Feu révélé dans le monde,
éclatement subtil de l'enveloppe des choses.

Tout et tous chantent la grand' messe du quotidien
quand au Trésor des biens
l'homme entonne l'hymne trois fois saint.

Le retour

 

Sans toi sont longues les heures et les jours désolés,
l’âme est grise et en berne,
tant est lointaine la communion.
J’ai erré loin de Toi,
j’ai mangé des caroubes
en terre étrangère,
et la fêlure devint plaie ouverte.


Que mes pieds alourdis
se retournent enfin
pour courir sur les chemins
de la patrie retrouvée,
où rentré de futiles illusions,
tu m’accueilles de tes bras enlaçants
pour m’irriguer tout entier de Ta Vie.


Oui Tu es le secret de ma joie,
rien sans toi n’a de goût ni de sens désormais.
Que de danses et de chants montent en moi
quand je songe au présent de ta Présence,
pluie d’argent dans un ciel d’azur
qui vient arroser ma steppe devenue verdoyante,
car s’y ouvrent les fleurs d’une vie en toi.

Le feu, l’assise

 

Voici le feu de la braise
où grillent les poissons,
sur la grève du lac l’Ami nous attend.
Ose approcher chercheur incrédule.


Mais d’où nous vient ce feu,
crépitement d’allégresse,
d’où nous viennent ces cellules désirantes,
quand chaque battement se fait accueil
et que coule dans nos veines,
une sève pascale,
que le désert se fait rencontre,
et les sables s’ouvrent sur la terre promise.


C’est le feu intérieur,
il couve au tréfonds de nous,
il est flamme du Désir
où s’abolit la distance.


Sur l’autel de l’assise
nous devenons flambeau.

Samedi Saint

 

Elles sont loin, les heures éblouissantes
où l'amour divin ruisselait dans mon âme,
quand transporté de confiance et de joie
j'entamais de tout coeur l'Exultet.


C’est l'heure des ténèbres,
l'ego emmuré dans son moi,
samedi saint où règnent peur et misère,
journée ambigüe pourtant
où se mêlent
l'horreur encore
et déjà la gloire.


Quand les caveaux de mon âme
sont visités par la Lumière,
et l'amour maternel du Père
réchauffe mes membres transis.
Quand mes entrailles obscures
où meuglent mes bêtes intérieures
sont soulevées par l'immense espérance
en l'Ami de l'homme,
et que la joie divine de l'Esprit
entame en moi sa chanson.


Quand se cassent les verrous,
éclatent les cadenas,
sautent les pierres tombales,
sont rompus les liens asservissants
ceux de la mort,
de toutes les morts.


Quand l'Epoux tel un fiancé
surgit de la chambre nuptiale
ayant consommé l'union
de la mort et de la Vie.

 

Quand le Ressuscité
bondissant de puissance
tire ma main encore lasse
de la tombe obscure et déserte,
et m'invite à la danse de l'amour
pour exulter enfin de lumière retrouvée.


Alors c'est le Passage,
traversée de la mer salée
d'où j'émerge rassuré et confiant
et je me dresse en plein soleil,
ruisselant d'écume et de liberté nouvelle,
pour chanter l'hymne de la victoire


Christ est ressuscité,
par la mort, Il a vaincu la mort.
A ceux qui sont dans les tombeaux
Il a donné la Vie !

 

L’engagement

 

Homme debout mains ouvertes,
il offre le monde


Alors tout devient temple,
immensité vibrante,
tout est unifié et simple,
présence amoureuse,


Alors est donné de voir
le feu des choses,
brûlante intimité
au-delà du dérisoire,


Alors s’ouvre le ciel
pour baiser la terre
et tout est sacré,
palpitant de sens.


Engagé par amour
pour changer le monde,
il sait l’humble patience
de combats incertains,
et les doutes le rongent
quand le ciel est voilé,
quand il voit trop de haine,
de râles et d’abandons,
et qu’il y a trop de cris de douleur.


Mais au bord de l’horreur,
l’homme peut choisir encore,
car au delà du non-sens,
murmure une voix
qui appelle les humbles
à déposer les puissants de la terre,
qui invite les petits
à oeuvrer pour une terre nouvelle.

Saliéri abattu

 

Quand se brise la nuque raide
et que monte la nausée,
quand devient sourde la voix éraillée
me plongeant dans la nuit,
c’est Salieri aigri et abattu
qui me guette au fond de ma charrette.


Il ne reste que le sel de mes larmes,
la mare de sang sous le crâne fracassé.


C’est la nuit, camarade,
toi qui enduras pis que moi,
Pinochet, Sibérie, les docteurs nazis,
la camisole chimique des instituts moscovites,
et Golgotha, les moqueries au pied de la croix,
Marie impuissante et Jean qui sanglote.


Non ceci n’est pas clôture mais traversée,
douloureuses mutations.
Se laisser abraser, calciner, épurer,
pour rejoindre le Tout amoureusement
et au coeur de l’épreuve,
savoir encore célébrer la Vie.

Mutisme

 

Quand la voix étouffe,
est-ce l’âme qui s’éteint
pour livrer à la tombe
mes élans, mes envies, mes désirs ?
Ou est-ce le Père que je rejoins
en son silence de compassion,
afin de vivre sans mots
l’immense mystère de la mort
dans la Vie ?

 

La mort, soeur et mère

 

Les offrandes de riz portées sur leur tête,
les Balinaises radieuses s’empressent au bûcher
où crépite déjà celui qui se libère,
qu’elles quittent sereines en chantant.


Dans la nuit âcre et sacrée de Bénarès
résonna soudain en moi comme un mantra,
que la mort est volute d’encens,
amante accompagnatrice de la vie.


Ô mort ma soeur, je te prends par la main
pour cheminer vers l’aurore d’Amour fou,
dans ton âpre travail d’accouchement,
tu es Grande Mère autant que soeur.


Des rives du Gange au bord du Jourdain
j’ai appris que la mort est passage
zébré d’éclairs au coeur du tombeau,
car l’Amour éclate en Beauté infinie.

 

  

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