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UN PELERINAGE AUX SOURCES COPTES

L’Égypte doit son nom à la prononciation grecque de Ha Ka Ptah, terme pharaonique signifiant « la maison de l’esprit du dieu Ptah ». Or, Ptah était, pour les habitants de la ville sacrée de Memphis, le dieu protecteur et créateur par la puissance de sa parole et de son amour. Pourrait-on mieux définir ce que serait plus tard l’Église chrétienne ? Elle est en effet le lieu où souffle l’Esprit du Christ qui créa le monde par son Verbe (le Logos) et son Amour...

Étonnante préfiguration dans l’histoire très ancienne de ce qui illuminera un jour cette terre égyptienne : la foi des chrétiens. On les appellera Coptes. Aujourd’hui l’Église orthodoxe copte vit et croît dans la fidélité renouvelée à cette très ancienne tradition chrétienne. Fondée par l’apôtre Marc en l’an 49, elle est restée remarquablement proche de ses origines tout en étant extraordinairement vivante.

Un petit pèlerinage à ces sources de notre Tradition eut lieu en novembre 2002 sous la houlette de notre métropolite abba Marcos et de notre évêque abba Athanasios. Père Alphonse et Rachel, Père Michel Mendez qui est l’higoumène du monastère de Bois-Aubry, Père Jacques et Marie, ainsi que Roseline et votre serviteur se sont retrouvés dans un minibus pour crapahuter de paroisse en monastère et de patriarcat en couvent de sœurs.

Ces quelques lignes ne sont pas un « rapport » du voyage. Elles comprennent juste quelques points saillants. Le reste est gravé dans le cœur…

Première évidence : il s’agit d’une Église en chantier, et cela est signe de jeunesse et de renouvellement. Partout on construit, on restaure (des fresques du 6ème siècle !), on fait de la place pour de nouvelles vocations monastiques et pour des paroissiens qui emplissent les églises devenues trop petites. Sous l’impulsion du père Matta el Meskin, pilier spirituel, et du patriarche d’Alexandrie le pape Shénouda, chef d’Église dynamique et éclairé, l’Église copte connaît depuis une trentaine d’années un renouveau impressionnant. Elle grandit en Égypte même et elle se répand de par le monde : Etats-Unis, Australie, Allemagne, Afrique du Sud… En outre le pape Shénouda a institué deux Églises orthodoxes coptes en Occident. Elles sont appelées à inculturer (c'est à dire introduire dans la culture locale tout en la respectant et se laissant inspirer par elle) la foi orthodoxe dans la culture et la spiritualité locales. Il s’agit de l’Église Copte Britannique et de notre Église Orthodoxe Copte Francophone (pour la France et la Belgique). C’est à cette vision véritablement prophétique du pape Shénouda que nous devons de pouvoir célébrer la liturgie des Gaules, celle de nos ancêtres dans la foi.

Deuxième source d’étonnement et d’admiration : la ferveur. Quelle expérience que ces divines liturgies pleines de rythme, de chants mais aussi d’intériorité dans les quartiers populaires du Caire, ou encore dans le quartier d’Héliopolis ! Que de gentillesse aussi chez ce peuple copte, qui entoure de son enthousiasme ces frères et sœurs européens appartenant à la même Église qu’eux. Il faut voir de quelle sympathie sont entourés nos évêques, de quelle chaleur nous étions tous entourés : les déplacements de nos abbas près des églises provoquaient de véritables attroupements. Les uns demandent une bénédiction, les autres confient un souci ou cherchent seulement à s’approcher, à baiser une main, à toucher une soutane… Derrière ces manifestations extérieures parfois un peu déconcertantes car liées à la mentalité orientale, il y a l’amour du Christ et de ceux qui s’en veulent les serviteurs. Certes, en Occident on est plus réservé. Mieux vaut pourtant ne pas s’offusquer de ces manifestations populaires envers le clergé. Ce serait sans doute faire preuve d’une fausse modestie et ignorer les différences de mentalités et de culture. L’essentiel ici c’est la foi ardente et vivante d’un peuple. (Pour le reste, il m’était salutaire de me souvenir que je suis un serviteur indigne…).

La foi, le sens du mystère, le sentiment d’appartenance à l’Eglise, la solidarité avec les plus démunis, la participation spontanée à l’acte liturgique, l’abandon confiant à la bonté de Dieu dans des circonstances souvent difficiles, parfois carrément hostiles… nous touchons ici aux ressorts de l’Eglise des premiers temps. Les Coptes en sont restés proches. C’est peut-être cette fidélité à l’Eglise apostolique – celle de Saint Marc – qui est le secret de la vitalité extraordinaire de cette église.

Troisième émerveillement : les monastères et leur grande beauté. Antiques bâtiments – souvent du 5ème ou 6ème siècles ! – entourés de montagnes ocres et de déserts montagneux. Moines au regard de feu et de douceur. Ils sont nombreux, et parmi eux beaucoup de jeunes. Émotion de cheminer sur les pas de Saint Antoine à la recherche de Saint Paul l’ermite. Émotion aussi de vénérer les squelettes de Chrétiens du 7ème siècle dont les membres sont encore entourés de chaînes. Ils avaient été emmenés prisonniers par les nouveaux maîtres de l’Égypte, issus d’Arabie… Émotion enfin d’arpenter les rives de la Mer Rouge, d’y ramasser pour les paroissiens des cailloux rougeoyants, de se remémorer l’Exode, archétype de la libération de l’homme de tous les esclavages. Admiration et confiance en songeant que ces lieux arides étaient remplis de moines ermites et qu’aujourd’hui encore, des monastères totalement isolés de tout sont bondés de fous de Dieu ! Et parmi ces moines, tant de jeunes !

Il y eut aussi la joie de découvrir que les moines irlandais qui ont évangélisé nos terres entre Escaut et Meuse avaient été initiés au monachisme copte. Plusieurs d’entre eux ont séjourné au monastère d’Al Muharraq (le Brûlé), près de la ville d’Assiout.

Au cours de l’admirable jeu de son et lumières des pyramides nous découvrons de nombreuses préfigures du christianisme dans les textes pharaoniques. L’éternité et la résurrection y affleurent constamment comme un immense désir, une attente. Et certaine prière - datant du 20ème siècle avant le Christ - annonce déjà le psaume cosmique. Nous aurons peut-être bientôt le privilège d’entendre une conférence d’abba Athanasios sur ce sujet passionnant.

Le plus important pour moi, lors de ce voyage, est d’avoir été en contact fréquent avec des frères et des sœurs, des évêques, des prêtres. Certains connaissent l’Eglise Copte de France. D’autres pas encore mais se réjouissent d’apprendre qu’elle existe et que le pape Shénouda a eu ce geste d’ouverture envers des Occidentaux. Cela témoigne en effet de la grandeur de ce patriarche qui a compris que l’Orthodoxie était vraiment universelle, et qu’elle n’est pas liée pour toujours à quelques nations seulement, ni à quelques ethnies aux coutumes inaltérables, ni à une mentalité orientale à l’exclusion de toute autre culture. Lorsque nous avons rencontré le patriarche pour une bénédiction personnelle, son sourire trahissait sa satisfaction, mêlée de sympathie et de confiance envers nos deux évêques, le métropolite abba Marcos, et l’évêque abba Athanasios. Rendons grâces à Dieu pour la bonté et la vision courageuse de ces hiérarques.

P. Thierry (2003)

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