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Quand Thierry devint prêtre orthodoxe dans l'Eglise copte

13 février 2002

Sérénité, profondeur et amour, tels sont les mots qui me viennent à l'esprit quand je songe avec gratitude à la soirée du 13 février.

La béatitude, dit Saint Grégoire de Nysse, consiste à avoir Dieu en nous.

Nous étions dans la Joie.

De nombreux témoignages vont dans le même sens, qu'ils viennent d'amis catholiques, agnostiques ou orthodoxes (coptes bien sûr, mais aussi venant nombreux de la paroisse Saint Silouane et Saint Martin, et des patriarcats de Moscou, de Bucarest et de Constantinople).

Pour ma part j'ai ressenti non seulement l'appel que nous a fait le Seigneur, mais aussi beaucoup d'appui et d'encouragement de tous les participants et de nombreux absents qui priaient avec nous.

Que de moments forts : la Divine Liturgie de Saint Basile, [...] l'ordination de Jean-Pierre (membre d'une paroisse naissante à Paris) comme sous-diacre et de Théophile comme acolyte; l'ordination d'André-Bemard comme sous-diacre et de moi-même comme prêtre.

Dans l'assemblée le Père Vassilié, prêtre roumain qui nous connaît depuis si longtemps... Et puis un jeune couple africain musulman venu témoigner son amitié.

Au-dessus de l' affiche qui annonce à la fenêtre du 83 le calendrier des activités paroissiales, il est marqué: " Bienvenue à tous les chercheurs de Dieu ".

J'aime beaucoup cette modeste formulation.

Le Chrétien orthodoxe est lui aussi un chercheur, homo viator, toujours en chemin et jamais assuré de "posséder la vérité " (car pour nous, la vérité c'est le Christ, qui ne saurait être possédé, mais avec lequel nous entrons en Relation).

" La dynamique du provisoire" dont parle fr. Roger de Taizé nous met dans une perspective qui fleure bon l'Evangile.

[...] le prêtre, le diacre (que Bernard sera très bientôt) sont issus du peuple avec lequel ils partagent le même sacerdoce royal et auquel ils rendent un service ministériel sans cesser d'en faire partie.

Nous ne sommes pas parachutés par une lointaine autorité. Nous sommes les fruits d'un vécu commun, reconnu et béni par Dieu à travers nos évêques. Le prêtre célèbre en leur nom. II est " le sacrement du Christ " dans l'immense mystère de l'Eucharistie et dans les autres sacrements qu'il aura à dispenser.

Pour mémoire, les lectures faites au cours de la Divine Liturgie du 13 février étaient :

l'hymne à l'amour dans la 1è épître aux Corinthiens, chap. 13 :
" . . . quand je parlerais la langue des hommes et des anges, si je n'ai pas l'amour, je suis un airain qui résonne... L'amour est patient... ne s'enfle pas d'orgueil... ne s'irrite pas... "

le chap. 13 (32-37) des Actes des Apôtres :
" ... Je t'ai engendré aujourd'hui... "

et ce texte qui me parait résumer si bien notre foi: la première épître de Saint Jean, chap.4 (7-8; 18-21) :
" ... Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour... Celui qui craint n'est vas consumé d'amour... "

La lecture d'Evangile, en hommage à l'apôtre fondateur de notre mère-Eglise copte, était bien sûr tirée de Saint Marc, et Abba Marcos avait veillé à ce que ce soit le chap. 16, 15-20 :
" . . . allez prêcher la bonne nouvelle à toute la création. . . "

Les saints célébrés ce 13 février étaient deux femmes, Sainte Zoé (la vie) et Sainte Photinie (la lumière).

Déjà de beaux thèmes, et la féminité à l'honneur.

Mais cette soirée appartenait aussi au lendemain le 14, où sont célébrés Saint Valentin (le patron des amoureux) et Saints Cyrille et Méthode (pionniers de l'inculturation de la foi dans les mentalités et cultures locales).

Que de grands thèmes fondateurs pour notre paroisse, rassemblés en une seule célébration!

J'ajoute que c'était aussi la fête du successeur de notre patron Saint Athanase, à savoir Saint Pierre d'Alexandrie, et que Sainte Photinie (ou Sainte Claire) est palestinienne, ce qui nous invite à la prière pour tous les habitants de Terre Sainte déchirés par l'injustice et la violence.

Depuis mon ordination, je porte un double nom qui me ravit: Jean-Thierry .

Thierry, c'est le moine ami de Rémi, un saint de nos terres ancestrales.

Quant à Jean, c'est l' apôtre bien sûr, celui que l'orthodoxie appelle " le théologien ", car il coucha sa tête sur la poitrine de son maitre et entendit battre le coeur de Dieu. Roseline et moi avons été quelques fois sur l'île de Patmos où mon nouveau saint patron reçut la révélation qu'il coucha dans ces paroles de feu, de poésie et d'espérance qu'on appelle l' Apocalypse.

Saint Jean est par excellence l'apôtre de l'amour. Puisse-t-il m'aider, malgré toutes mes fermetures, à cheminer vers toujours plus d'amour et de lumière, cette Lumière qui luit dans les ténèbres. . .

Roseline à mes côtés m'a accompagné jusqu'ici et sans elle, sans l'amour entre nous qui est, comme tout amour conjugal, une icône de la Divine Trinité, rien n'était possible.

Je l'ai dit ce mercredi soir, Roseline m'a accouché à la prêtrise et je lui demande de bien vouloir continuer à être ma muse.

Quant à mes soeurs et frères en Christ de la paroisse Saint Athanase et Saint Amand, merci d'être là.

Restons " debout et attentifs " comme nous chantera désormais le diacre Bernard.

Notre foi est existentielle. Elle ne se réduit pas à une croyance : adhésion intellectuelle plus ou moins contrainte à un dépôt. Elle se fonde plutôt sur la confiance dans l'expérience personnelle d'une relation à la Divine Trinité, vérifiée en l'Eglise.

Elle est faite de vécu, d'éveil, de travail sur soi, de rajeunissement, de mort-résurrection.

Le Christ en nous veut nous entraîner vers une aventure d'amour, de jubilation et de Beauté. Vous êtes en droit d'exiger de votre prêtre qu'il soit le serviteur humble de cette Vie-là.

Quand il sera défaillant, criez-lui avec Saint Paul : " Réveille-toi, toi qui dors, relève-toi d'entre les morts et sur toi luira le Christ ".

Sinon, le sel perd de son goût et vous savez ce que l'Evangile dit du sel qui ne sale plus : il ne sert plus à rien.

Je veux ne jamais devenir un " fonctionnaire de Dieu " ni que nous glissions dans la suffisance impérialiste de certaines institutions qui n'hésitent pas à condamner et exclure.

Sentez-vous, s'il vous plait, coresponsables de cette paroisse et non, bien sûr, des consommateurs.

Les assemblées paroissiales, les moments festifs, les sorties en commun et les agapes après les offices sont des moments joyeux mais décisifs où vérifier la fraternité et la responsabilité personnelle de chacun.

Les samedis d'enseignement-partage seront conçus de même comme des occasions d'enrichissement mutuel, sous la mouvance de l'Esprit espérons-le, afin que nous cheminions ensemble, et les uns grâce aux autres.

Nous sommes en cordée. Le premier de cordée, c'est l'Homme-Dieu, le Christ.

+ père Jean- Thierry VERHELST

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