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Une réunion de la fraternité

Une réunion de la fraternité

Thierry avait prophétiquement adhéré à cette fraternité alors qu'il n'était ni malade, ni pauvre, ni abandonné ou exclu. Mais il se sentait solidaire des souffrants qui dans les derniers mois de sa vie lui ont rendu l'amour qu'il leur avait donné en l'accompagnant sur son chemin de croix.

De part et d’autre de l’Atlantique, des groupes de chrétiens prient et partagent leurs souffrances et leurs joies, animés par le souffle du prophète Isaïe. Native du Brésil, la Fraternité du Serviteur souffrant fait la première place aux « derniers » de l’Eglise, aux humbles et aux pauvres.

"Nous nous sentons tout à fait en harmonie avec le réseau Saint-Laurent", nous assure Louisette, responsable de l’équipe de la Fraternité du Serviteur Souffrant en Ile-de-France. Mouvement fondé par Frédy Kunz (1920-2000), un prêtre Fils de la Charité, la Fraternité a rejoint le réseau Saint-Laurent en 2009. Il faut dire que les Fils de la Charité assument l’aumônerie de la Cité Saint-Pierre, d’où a jailli la dynamique Saint-Laurent, et que la Fraternité répond tout à fait à la définition du réseau : des chrétiens qui partagent un chemin de foi avec des personnes vivant des situations de pauvreté et d’exclusion. Face à cette vocation immense, la Fraternité ne s’éparpille pas : pas d’aide matérielle, aucune distribution, pas de lieu d’hébergement. De fait, la Fraternité "ne se justifie pas par ce qu’elle fait, mais par l’écoute mutuelle", lit-on dans La Longue marche du Serviteur souffrant à partir de la vie d’Alfredinho (de Michel Bavarel, 2005) mais tire toute sa richesse des liens tissés entre ses membres, qui se retrouvent chaque mois en petits groupes.

Ecoute et attention à l’autre
Ainsi, d’un groupe en Ile-de-France, lors d’une journée mensuelle. Le programme est simple, sans protocole. Les moments de partage et de prières se mêlent avec naturel, la parole circule entre tous. Quel qu’il soit, religieux et laïc, en bonne santé ou handicapé, pauvre ou aisé, jeune ou âgé, chacun fait part de ses expériences et questionnements : la dernière fête de Noël vécue à l’association La Mie de pain, les maladies, les difficultés et les joies de la vie en communauté religieuse, etc. « Vous avez des nouvelles de... ? » est la litanie de la journée, phrase symbolique de l’attention et de la bienveillance qui règne à la Fraternité. On s’imagine à une rencontre de premiers chrétiens, à ceci près que la réunion, qui se tient dans une salle paroissiale à baie vitrée, n’est pas clandestine (la Fraternité ne fait pour autant pas de propagande).

Maximilien Kolbe, en souvenir de la souffrance des camps
Paraissant multimillénaire par la simplicité de son message et de son organisation, la Fraternité a émergé au sein d’une favela brésilienne lors de la grande sécheresse du Nordeste (entre 1978-1983). Son fondateur, le prêtre européen Frédy Kunz (dit Alfredinho) avait été marqué par l’expérience de la souffrance alors qu’il était prisonnier lors de la Seconde guerre mondiale. Devant des détenus arrivés à l’état de squelette du camp de Mathausen et effectuant de lourds travaux sous la contrainte, le prisonnier eut l’impression "d’une immense représentation de la Passion du Christ."

L’emblème de la Fraternité évoque la souffrance des camps et le souvenir, glorieux, d’un homme qui en mourut : le matricule est celui de Maximilien Kolbe (1894-1941), qui portait, au camp d’Auschwitz, le triangle rouge des détenus politiques. Ce frère polonais choisit de mourir, à la place d’un père de famille, enfermé avec dix autres hommes.
Le mouvement est le fruit de cette expérience du dénuement extrême, mêlée à d’autres découvertes de Frédy Kunz. Ainsi l’idée des groupes volontairement petits (7 personnes) est tirée de l’organisation du séminaire des vocations tardives, où Frédy étudia avant de rejoindre la congrégation des Fils de la Charité, fondée en 1918 pour évangéliser les milieux populaires.

Vivre debout
Au cours de la quarantaine imposée par les nazis à dix hommes, alors que les détenus souffrant de faim et de soif commençaient à s’entretuer, Kolbe réussit à faire régner le calme par la prière. S’il est le saint ange gardien de la Fraternité, Isaïe, le serviteur souffrant, lui prête son souffle (Isaïe 42,1-9 ; 49,1-6 ; 50, 4-9 ; 52, 13- 53, 12…). "N’entre jamais seul dans le monde de la Bible. Tu t’y perdrais", avertissait Alfredinho. Effectivement, lu sans guide et littéralement, le prophète Isaïe peut être effrayant ("Yahvé a voulu l’écraser par sa souffrance ; s’il offre sa vie en sacrifice expiatoire, il verra une postérité, il prolongera ses jours, et par lui la volonté d’Israël"). Que le néophyte ne s’y méprenne, la Fraternité ne sanctifie pas la souffrance : "On en dénonce les causes profondes par des chants, par des mimes, par des marches, des slogans... On cherche comment la traverser non en la niant mais en la transfigurant. […] On ne vit pas écrasé, mais debout, conscient de sa dignité et de sa mission", expliquait Michel Martin, membre de la Fraternité. "Les petits groupes de la Fraternité aiment s’alimenter à ces chants d’Isaïe, grâce au récitatif gestué qui leur a été légué", précise Louisette.

Partage d’expériences, de parole et de pain

Frédy Kunz disait de la Fraternité qu’elle était "petite et mal fichue". Avec sa cinquantaine de membres en France, une présence toute récente en Belgique, des groupes en Suisse, en Italie, au Québec ou en Amérique du sud, ses permanents de la prière dans le monde entier, ne serait-elle pas, plutôt, universelle et chaleureuse ? À la fin du quatrième chant du serviteur (Isaïe 52, 13-53), les Nations sont invitées au Festin de Dieu. Ce festin, le groupe francilien le partage en ce jour enneigé de janvier.

Marie Chanteau

http://reseau-saint-laurent.org/spip.php?article22

 

 

 

 

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